J’ai eu hier au téléphone une personne du Rectorat de Poitiers à qui je me plaignais de n’avoir aucun code pour accéder à mes données comme professeur de cette académie. Elle m’a dit, comme si elle parlait à une personne demeurée : « vous n’avez qu’à envoyer un ticket à Amérana ? » Pardon… Amérana ? De qui s’agit-il ?
Elle m’a alors donné une adresse mél longue comme le bras avec 3 tirets du 6… J’ai abandonné. Seuls les gens patients qui épellent toutes les lettres en utilisant l’alphabet international sont capables de vous donner des adresses correctes. Ensuite j’ai « google-isé » « amerana » (désormais on a même un petit résumé fait par IA) et j’ai commencé à comprendre…
AMERANA est l’acronyme d’Assistance Mutualisée pour l’Éducation dans la Région Académique Nouvelle-Aquitaine)… Tous les agents des 3 académies de Bordeaux, Limoges et Poitiers doivent utiliser des services en ligne dans le cadre professionnel et c’est ce service qui s’occupe de tous les « bogues » (bug en anglais bref les pannes informatiques) ainsi que de redonner des identifiants et codes aux crétins comme moi qui ne les ont pas ou les ont perdus.
D’habitude il faut lui envoyer un « ticket » pour expliquer la panne qu’on a détectée sauf que pour cela il faudrait déjà avoir accès aux services informatiques et avoir un mél professionnel… J’ai trouvé le numéro de téléphone d’Amérana et le monsieur, très gentiment, m’a demandé de confirmer mon identité (lui avait accès à mon dossier sur son écran) notamment en donnant mon NUMEN -le numéro magique de tous les agents de l’Éducation Nationale (que je n’avais utilisé depuis des années et qui était rangé dans mes dossiers…)–
Et, miracle, par téléphone j’ai eu l’identifiant et le code (un code de 12 chiffres et lettres patiemment épelé lettre après lettre en faisant attention aux majuscules). C’était bon j’avais mon sésame sans même avoir reçu un code par Sms ou par mél ou par courrier.
J’étais contente et j’ai donc pu rentrer sur l’Intranet de l’académie de Poitiers. Parce qu’actuellement je suis en « congé administratif » et que je ne suis pas présente dans un établissement donc je n’ai personne (aucun collègue ni aucun administratif pour m’aider). Et voilà ce que j’ai trouvé :

Quoi ? 17 applications correspondant à « Espace personnel ».
Cela m’a rappelé les 17 Objectifs du Développement Durable (voir Les Objectifs du Développement Durable (ODD) : repérages) de l’ONU dont j’avais parlé à mes étudiants. Je trouvais absurde qu’il y en ait tant !

On reste perplexe devant une telle formulation : l’idée de « sauver le monde » est une idée religieuse et non pas rationnelle et pragmatique ! Quant à se fixer 17 objectifs c’est n’importe quoi : 1 seul suffit et, si on veut le décliner plus précisément, 3… mais pas 17 sinon on ne fera rien du tout !!!
Je pensais que l’ONU n’avait qu’un seul objectif : essayer de maintenir la paix dans le monde et que c’était déjà compliqué.
Ces 17 applications sont classées par ordre alphabétique… personne n’a pensé à réfléchir à les classer par thème et par fréquence d’utilisation.

Je cherchais juste mon dernier bulletin de paie… C ‘était le document le plus simple pour savoir comment j’étais bien comptabilisée comme professeur dans l’académie… et à quoi correspond la somme qui a été virée sur mon compte.
Je n’étais pas au bout de mes peines : tant qu’à faire autant cliquer sur certaines de ces applications pour découvrir si cela pouvait me servir à quelque chose ou me permettre de ne pas me retrouver aussi désemparée que quand on m’avait parlé d’Amérana.
J’ai alors cliqué sur PIX !
PIX est un logiciel destiner à tester les compétences informatiques de nos élèves qui passent une sorte de test à la fin de la Terminale. J’ai découvert que les professeurs (et en fait n’importe qui) pouvaient aussi tester leurs compétences dans ce domaine… Et c’est là que j’ai compris pourquoi j’avais autant de mal dans le monde d’aujourd’hui.
Je fais partie d’une génération et d’un profil d’élève suffisamment calme et respectueux pour se taire et écouter les explications d’un prof quand il doit découvrir et commencer à utiliser un truc qu’il ne maîtrise pas. Je trouve que c’est une posture raisonnable pour apprendre quelque chose de nouveau.
Je n’aime pas qu’on me traite comme un rat dans un labyrinthe qui doit apprendre par échec/erreur et finit par trouver le meilleur itinéraire pour sortir d’un labyrinthe. Un rat est incapable de rester sans bouger et d’écouter des explications, un humain d’un certain âge gagne beaucoup de temps à ne pas tout devoir découvrir par lui-même et à accepter d’utiliser un mode d’emploi expliqué clairement par un autre humain qui éventuellement lui montre comment faire et lui fait refaire !
Or en matière de compétences informatiques certaines personnes de ma génération ont eu quelques cours de base mais après cela s’est largement estompé avec les « digital natives ». Personnellement j’ai appris quelques bases d’algorithmique avec ma sœur -en école d’ingénieur quand j’étais encore en hypokhâgne (1981), avec notre prof de géographie à l’ENS spécialiste de télédétection (1983) puis quelques bases de programmation informatique chez IBM lors de son « école d’été » (1984), puis les bases de Word (traitement de texte) et d’Excel (tableur) (1995), puis celle des SIG (1997) celle d’Access (base de données) (2003).
Mais quand Internet est arrivé (vers les années 2000) il a fallu se débrouiller sans aucune formation ;même chose avec les smartphones (pour moi seulement 2019) et leurs applis et avec le démarrage de l’IA. (2023).
J’ai donc l’impression d’avoir passé près de 45 ans à devoir m’adapter à ces révolutions technologiques alors même que j’avais choisi de me spécialiser dans une discipline littéraire (la géographie) qui n’avait pas à être à la pointe de ces avancées technologiques. Mais je commence à saturer quand je me rends compte que certaines avancées plus récentes n’amènent rien de bien extraordinaire (par exemple les nouveaux sites Internet « sons et lumières » mais nous demandent de nous adapter encore à un monde qui continue de changer.
Et là je découvre que le test de PIX consiste à évaluer le niveau d’un individu sur des compétences sur lesquels il qui n’a pas réellement eu de cours structuré mais a bidouillé certaines choses tout seul dans son coin.
C’est ainsi que je me suis rendu compte que j’étais une bille avec l’utilisation des moteurs de recherche (parce qu’en réalité je n’ai jamais eu besoin de faire une recherche avancée de ce type).
Le test est à la fois très bien fait et en même temps demande de résoudre des tas de questions complexes et souvent inédites… et donne seulement après le mode d’emploi pour comprendre pourquoi on n’a pas réussi à trouver la bonne réponse. J’avoue qu’un tel fonctionne me perturbe. Je trouve plus logique qu’on puisse tester ce qu’on a appris et répété suffisamment pour ensuite se rendre compte que c’est une compétence acquise qu’on peut utiliser. Or ce test change sans cesse d’exercice… parfois on en réussit un exercice un peu au petit bonheur…
Conclusion ?
Je suis sortie un peu effarée de cette expérience et dès le lendemain j’ai demandé ma retraite progressive d’ici la fin de l’année.
Si cela se trouve les compétences que j’ai développées dans ma vie professionnelle depuis plus de 40 ans à savoir mettre à jour et approfondir mes connaissances en histoire-géographie et à partir de là être capable en temps limité de faire des exposés oraux ou écrits avec des illustrations pertinentes adapté à un public divers seule et en pesant mes mots ne sert plus à grand chose.
Pix nous montre qu’il faut dans ce monde être capable de faire la bonne requête sur un moteur de recherche pour obtenir une information ponctuelle mais sans avoir pour autant les connaissances et l’esprit critique pour savoir en quoi cette information est importante.
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