Les croisiéristes à La Rochelle : repérages (octobre 2026)

Cette thématique des croisiéristes m’a intéressée à plusieurs reprises, d’abord l’été avant le Covid (2019) parce qu’à cette époque l’un de mes fils, chaudronnier, fabriquait des navires de croisière à Saint-Nazaire. Je passais mes vacances largement immobile à La Rochelle en train de réfléchir à la mondialisation (un des thèmes majeurs des programme de géographie au lycée). Mais plus récemment à Nouméa je m’y suis réintéressée quand j’ai pris conscience après les troubles insurrectionnels de 2024 que certains comptaient sur les croisiéristes pour relancer l’économie (quelle naïveté…) et que progressivement les gros navires étaient revenus un peu toute l’année… 81 en 2025. Il n’y a que 22 à La Rochelle cette année entre avril et octobre (et aucun en juillet août)

Le Queen Victoria (de la Cunard) en escale à La Rochelle

J’ai voulu monter avec mes étudiants une petite étude géographique à la gare maritime de Nouméa en commençant par « tâter le terrain » quand il y avait des croisiéristes en escale (aller à la gare maritime, discuter avec les vendeurs calédoniens de souvenirs, quelques touristes australiens) mais le temps a manqué…

Un secteur mal vu dans une ville qui se veut écologique ?

Mais ici à La Rochelle à vrai dire on a l’impression que ce modèle économique du tourisme de croisière n’est pas vraiment le bienvenu voilà pourquoi les escales sont assez rares (22 cette année et aucune en plein été et elles ont diminué ). La ville de Bordeaux semble considérer que les choses d’un œil un peu plus favorable (40 escales cette année) sans compter qu’elle a également une flotte de navires qui permettent des croisières fluviales.

Pourtant ce qui est pratique à La Rochelle c’est que les navires de croisières accostent au môle d’escale à La Pallice (à côté des pétroliers) avec une vue magnifique sur le pont de l’Île de Ré. On n’est pas ennuyé en ville par la pollution (comme à Marseille) et il est facile ensuite d’embarquer les touristes pour des excursions de leur choix (la vieille ville de La Rochelle, Rochefort ou Cognac par exemple) puisqu’on est tout de suite sur la rocade.

La taille, l’âge du navire et les itinéraires de croisière : des paramètres importants

Les 3 prochains navires annoncés à La Rochelle sont l’Hanseatic Spirit qui a entamé une croisière au départ de Hambourg et arrive à 6 h le 12 octobre prochain au môle d’escale, suivi du Ventura le 22 octobre et l’énorme MSC Virtuosa le 26 octobre.

J’ai construit ce petit tableau pour permettre de comparer 3 types de navire aux clientèles différentes et surtout aux logiques différentes : un monstre récent (plus de 6000 passagers), un navire de grand luxe (peu de passagers et presque autant de membre d’équipage que de passagers) et un bateau de croisière « ordinaire » dans le monde d’aujourd’hui, plus ancien et avec environ 3000 passagers.

J’ai vu passer le Hanseatic Spirit à Nouméa cette année et ce jour-là il y avait exceptionnellement deux navires de croisière à quai en même temps : celui-ci (le petit) accosté à la gare maritime et l’autre (un assez gros) au port de commerce… nécessitant de nombreuses navettes en bus pour sortir du bateau. Ce n’était pas du tout la même clientèle.

Des éléments de comparaison pour réfléchir ?

Parmi les différents articles que j’ai rédigé sur cette thématique et dont je mets ici les liens voici quelques documents qui permettent de faire un premier repérage sur ce secteur qui s’est d’abord développé en Floride et dans les Caraïbes et est en plein essor en Méditerranée notamment et maintenant en Asie.

Il n’y a donc que 4 chantiers navals en Europe capables de construire de pareils navires et la concurrence est forte entre eux : Saint-Nazaire (France), Papenburg (Allemagne),  Turku (Finlande), Montfalcone (Italie).

Je rajouterai que c’est l’Europe qui construit ce type de navire tandis que les autres (porte-conteneurs, pétroliers, navire de pêche industrielle, ferrys sont davantage fabriqués en Asie Orientale : Japon, Corée du Sud, Chine, Philippines…)

  • Carnival et Royal Caribbean : les leaders de la croisière ? (22 août 2019)
graphique CLG 2019

Les couleurs de ce graphiques montrent les marques des 2 grands groupes concurrents tous deux basés à Miami RCCL (Royal Caribean) en bleu clair et Carnival en rouge et leurs concurrents MSC Cruises (jaune) Norvegian (bleu marine) et Disney (rose). Je ne pense pas que ce classement ait beaucoup bougé même avec la livraison après le Covid des derniers énormes navires.

Nos trois navires qui viennent en octobre appartiennent l’un au groupe Carnival (Ventura), l’autre au groupe RCCL (Hanseatic Spirit) et le plus gros au groupe italo-suisse MSC qui est le plus important en Méditerranée en concurrence avec la filiale Costa de Carnival.

Dans cet article je donnais un exemple, celui du premier navire revenu à Nouméa après l’épisode insurrectionnel de 2024 :

L’Ovation of the Seas est un navire de la Royal Caribbean qui date de 2016, a été construit en Allemagne (aujourd’hui la compagnie fait fabriquer ses navires à Saint-Nazaire).

L’escale de l’Ovation of the Seas le 10 novembre 2024 : ce monstre est à quai dans le port de commerce (seul site possible avec un tel gabarit) Cela nécessite de très nombreuses navettes d’autocar à 55 places pour débarquer éventuellement 3700 passagers… certains ne descendent pas à terre (la vue est très belle depuis le bateau même si c’est très desséché et brûlé).

Il est positionné en Australie pendant l’été austral et dans les Caraïbes le reste du temps. Il est immatriculé aux Bahamas (paradis fiscal), fait 348 m de long et peut accueillir jusqu’à plus de 4100 passagers avec 1500 membres d’équipage. Les croisières proposées sont au départ de Sydney (et non de Brisbane) et certaines croisières assez courtes dans cet environnement de l’Australie sont sans escale… parce qu’il n’y a pas d’îles proches contrairement aux Caraïbes ! Les seules escales possibles sont la Nouvelle-Calédonie (Nouméa, Lifou) et le Vanuatu (Port-Vila et « mysterious island »)

Dans ce nouvel article je faisais un bilan des escales de navires de croisière à Nouméa en 2025 en distinguant les escales habituelles (4 navires déjà anciens de Carnival). Le seul navire récent est l’Hanseatic Inspiration (qui est le sister ship de l’Hanseatic Spirit)

Sur 365 jours, il va y avoir des bateaux 81 jours dont 11 dimanche (où le centre-ville est vide et mort… sauf si c’est un jour de vide-grenier… mais c’est une ambiance potentiellement propice à effrayer un croisiériste ?) Le total de passagers devrait être autour de 230 000 passagers (si on multiplie le nombre de passagers de chaque navire par le nombre d’escales)

Puis je m’intéressais ici aux itinéraires des croisières dans le Pacifique sud-ouest qui n’est pas un lieu extraordinairement pratique contrairement à la Méditerranée ou aux Caraïbes : grandes distances, peu de choses à voir à part des plages tropicales et peu de shopping…

Commençons par visualiser les lieux, vérifier la latitude, le climat, les distances… On se rend compte que Nouméa est l’escale la plus proche de l’Australie (moins de 1 500 km mais qu’à la saison fraîche -en août comme aujourd’hui il ne fait que 22°C et il pleuvote – ; certes c’était mieux hier- mais ce n’est pas tout à fait une « ambiance tropicale »… Trop frais, trop moderne, trop développé ?

Tout cela n’a l’air de rien mais un géographe n’oublie jamais que La Pérouse a fait naufrage à Vanikoro (aux Salomon), qu’il ne fait pas bon circuler dans de tels parages en saison cyclonique, que les gros navires de croisière ont des tirants d’eau très importants et ne doivent absolument pas risquer de louper une passe d’entrée dans un lagon, qu’il est plus pratique de débarquer quand le navire est à quai que quand il mouille au large.

Cette région du globe se trouve sur la ceinture de feu du Pacifique où l’on y risque des tsunamis… Enfin, sur une île tropicale, il pleut beaucoup, le soleil n’est pas toujours au rendez-vous et alors les couleurs sont bien tristounettes pour le touriste qui pensait capter les bleus exceptionnels des cartes postales.

Conclusion provisoire ?

J’avais écrit cet article juste avant la rentrée des classes 2019 : Tout le monde aime les croisières ! Sauf moi ? (27 août 2019). Je trouve qu’il n’a pas pris une seule ride :

Je trouve que la croisière contribue au même titre que les festivals (de musique, de films), les parcs d’attraction, les séjours-clubs à une surenchère dans l’animation qui pousse à une course en avant perpétuelle pour chercher de nouvelles manières de gagner de l’argent en animant les gens (que ce soit en sollicitant leurs neurones –escape games- ou leur corps – toutes sortes de pratiques corporelles yoga, zumba, body-pump…).

Or la croisière a été à mon avis précurseur dans ce domaine de l’animation (suivie des resorts -villages clubs-)  car enfermer plusieurs centaines -aujourd’hui plusieurs milliers de personnes- dans un espace confiné dont ils ne peuvent pas sortir, qui est susceptible de devenir dangereux ( en cas de tempête, naufrage ou incendie…) nécessite de faire en sorte que les individus se plient à un code de conduite très contraint qu’ils acceptent parce qu’on leur donne l’illusion pendant la croisière d’être traités comme des stars de cinéma.

Effectivement je crois que c’est cela le ressort primordial : partir en croisière pendant une semaine c’est paradoxalement avoir payé (parfois très cher) pour pouvoir endosser 24 h/24 ce rôle de croisiériste qui vous sort de votre vie habituelle :  poli, bien habillé, sachant se tenir à table et animer une conversation, participant aux animations et excursions de bonne grâce.

On paie donc pour jouer un rôle !

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