Les habitants de la côte atlantique ont été traumatisés par la tempête Xynthia qui s’est produite en fin de nuit le 28 février 2010 faisant des dégâts majeurs de la Vendée (notamment à La Faute-sur-Mer) jusqu’au au Sud de La Rochelle au lieu-dit Les Boucholeurs sur la commune de Châtelaillon). Plus de 15 ans sont passés mais cet épisode majeur (plus de 50 morts) a fait un peu évoluer la culture du risque et transformer quelques aménagements littoraux.

C’est ainsi que jeudi 8 octobre 2026 un exercice était organisé à La Rochelle pour déployer quelques dispositifs à la fois de gros boudins gonflables sur le Vieux Port (car on ne peut pas y laisser des éléments fixes) et fermer les « batardeaux » (ces portes qui peuvent bloquer une digue
C’est l’occasion de revenir sur cette tempête et son bilan ce que j’avais déjà fait dans cet article sur le blog de l’APHG Poitou-Charentes (voir Le littoral charentais 9 ans après la tempête Xynthia (27 février 2010) en février 2019 ainsi que dans un article intitulé La Faute-sur-Mer, la tempête Xynthia (2010) et le commentaire de cartes (en octobre 2024) dont je reprends de nombreux éléments
Qu’est-ce que la tempête Xynthia ? Une tempête d’hiver (2010), dernière grande tempête meurtrière en métropole (59 morts)
La tempête Xynthia a touché le littoral charentais et vendéen dans la nuit du 27 au 28 février 2010. Au réveil le dimanche matin le bilan humain et matériel est catastrophique 59 morts dont 35 en Vendée (principalement à la Faute-sur-Mer) et 12 en Charente-Maritime (notamment à Charron -au Nord de La Rochelle, à Aytré et aux Boucholeurs -au Sud de La Rochelle sur la commune de Châtelaillon.
Elle a durablement frappé les esprits poussant à prendre certaines mesures nécessaires pour faire face au risque de submersion
Où se trouve-t-on précisément : sur la côte atlantique à la limite entre Vendée au Nord et Charente-Maritime au Sud ?
C’est un littoral à marais (marais poitevin et anse de l’Aiguillon, embouchure de la Charente, deux îles basses) marqué par le tourisme et la périurbanisation autour de La Rochelle

Un petit retour sur Xynthia
Tous les habitants de La Rochelle et des environs qui étaient présents près du littoral se souviennent nécessairement de cette tempête d’hiver dont le paroxysme est intervenu en fin de nuit du samedi 27 au dimanche 28 février 2010 alors que le coefficient de marée était élevé (102).
Dès le dimanche matin, en effet, alors que le soleil était revenu, les habitants non touchés découvrent à la radio et à la télé ce qu’ont vécu leurs voisins, leurs collègues, leurs élèves, leurs relations. Dans les jours qui viennent les conversations ne tournent que là dessus, comme si on avait besoin d’en parler pour encaisser quelque chose de si brutal. Certains de nos élèves qui habitaient à l’île de Ré ou à Charron se sont retrouvés de nuit avec 2 m d’eau piégés dans leur maison, ont réussi à être évacués mais ont tout perdu.

Les aménagements du littoral sont dévastés ; aucun des pontons du port de plaisance des Minimes n’a résisté : ils sont tous sortis de leur axe à cause de la surcote ; la voie ferrée La Rochelle-Bordeaux est inutilisable en raison de dégâts très importants vers Aytré (au Sud de la ville). Des zones entières sont inondées.
Les habitants étaient-ils conscients des risques et avaient-ils été bien prévenus ?

Voila la carte météo qui a été diffusée la veille. Il est très rare à cette époque que Météo France mette une « alerte rouge ». En même temps on voit ici que l’alerte rouge concerne seulement 4 départements (Vendée, Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vienne) mais ne met pas en évidence la vulnérabilité particulière du littoral vendéen et charentais. Elle évoque le « vent ».
Quels sont les épisodes de tempête qui avaient marqué les esprits avant Xynthia ?
Deux tempêtes d’hiver récentes avaient laissé de très mauvais souvenirs en France : les deux tempêtes de décembre 1999 (Lothar au Nord, Martin au Sud) et Klaus en 2009.
Dans les deux cas ce sont les vents très violents et les chutes d’arbres qui avaient causé les victimes. A La Rochelle les navires du port de plaisance avait été fortement abîmés.

On se rend donc compte qu’avant Xynthia les habitants de la région étaient surtout effrayés par les vents très violents survenus lors de Martin en 1999 et de Klaus l’année précédent Xynthia (2009). Le réflexe logique était donc de se cloîtrer chez soi.
La culture du risque qui existe dans nos départements et territoires d’outre-mer du fait de la survenue récurrente de cyclones n’existait pas en France métropolitaine.
En revanche le nombre très important de victimes de Xynthia est lié à la noyade d’un nombre de gens qui se sont trouvés piégés par la submersion dans leur maison, parfois dans des maisons sans étage avec des volets roulants électriques qui ne fonctionnaient plus à cause de la panne d’électricité liée à la tempête.
La tempête Xynthia a donc mis en évidence la vulnérabilité d’une certain nombre de localités balnéaires où des logements initialement prévus pour être occupés de manière saisonnière et en zone inondable se sont finalement retrouvés habités à l’année, notamment par des gens étrangers à la région et inconscients des risques : c’est tout particulièrement le cas à la Faute-sur-Mer (en Vendée) où le lotissement le plus touché était adossé à une dune, tournant le dos au danger. A l’île de Ré également, on a vu par exemple à la Flotte/Mer l’eau arriver par derrière, là où on ne l’aurait pas attendu, certaines digues n’ayant pas tenu.
Le Quartier des Minimes construit en zone inondable
Le nouveau quartier des Minimes à La Rochelle a été particulièrement touché : les magasins et ateliers de la zone artisanale proche du port des Minimes, les caves des résidences neuves du quartier universitaire dont toutes les voitures ont été détruites, le parking du Conseil Général dont les véhicules ont été noyés…
A Charron ce sont uniquement les lotissements les plus récents qui ont été submergées, et non les maisons anciennes qui se trouve sur des îlots calcaires un peu plus élevés.
Si on regarde sur une simple carte topographique de la région, l’altitude des zones inondées, se trouve systématiquement en dessous de 3 m.
Quelles mesures pour éviter d’autres drames ?
Une fois passé le choc, un certain nombre de mesures ont été mises en œuvre et suscité parfois polémiques et procès : destruction de certaines maisons dans des zones classées « noires », surélévation de la digue et mise en place de barrières anti-submersion à La Rochelle dans le quartier de la Médiathèque, barrières dont l’installation a été testée lors d’un exercice en novembre 2018.
Quel est aujourd’hui l’état du front de mer autour de La Rochelle ?
Le plus frappant pour un promeneur aujourd’hui est la remise en état remarquable de toute la frange littorale depuis Port Neuf (au Nord du chenal) jusqu’aux Boucholeurs (au Sud de Châtelaillon) : nouvelles digues plus hautes, nouveaux enrochements (pierres sombres du massif armoricain et non pierre calcaire locale) ; aménagements piétonniers, pistes cyclables, ce qui rend ce littoral beaucoup plus agréable qu’il n’était auparavant.


Les Boucholeurs (commune de Châtelaillon, Sud de La Rochelle) le 27 février 2019 soit 9 ans après la tempête Xynthia : un front de mer totalement réaménagé. Nouvelle digue surélevée, nouveaux enrochements, maisons détruites, nouveau pavage, piste cyclables, mobilier urbain moderne
On peut également constater une gentrification importante des secteurs d’Angoulins et des Boucholeurs (qui était autrefois une simple localité où l’on produisait et vendait des huîtres) avec la remise à neuf et la surélévation de certaines constructions.
Ces nouveaux aménagements seront-ils en mesure de dynamiser le tourisme en Charente-Maritime ou leur impact sera-t-il simplement perceptible sur les pratiques de loisirs des habitants de la Communauté d’Agglomération ?
Rappelons en effet que le littoral charentais présente un atout important d’un point de vue touristique (un ensoleillement important pour la latitude) mais qu’il présente un inconvénient majeur : de l’estuaire de la Charente à l’anse de l’Aiguillon les plages sont peu attractives du fait de l’importance de la vase, des coquilles d’huîtres et des cailloux et on ne peut s’y baigner qu’à marée haute !
Conclusion ?
Aujourd’hui on trouve de nombreux panneaux pédagogiques expliquant le sens et la logique des coûteux aménagements réalisés depuis Xynthia notamment à Port Neuf (où le front de mer est devenu très agréable (beaucoup plus qu’avant). Peut-être certains trouvent-ils cela rassurant… En tout cas les touristes sont au rendez-vous sur ce littoral.

Pour autant la Normande que je suis, qui a passé son enfance à construire des châteaux de sable (toujours détruits) face à la marée montante puis qui a travaillé comme géographedans des régions méditerranéennes comme tropicales n’a pas une grande confiance dans ces aménagements. Face à la mer l’homme ne gagne jamais et doit reculer très loin du rivage et en altitude.
La prochaine tempête de type Xynthia fera moins de morts mais sans doute beaucoup de dégâts matériels ; la même chose vaut pour les crues dans les lits majeurs des cours d’eau que ce soit en plaine (avec des crues lentes mais qui s’écoulent lentement) où l’on a a priori le temps de se préparer à évacuer et sauver ses biens les plus coûteux mais c’est bien pire dans le bassin méditerranéen en fin d’été et dans les régions accidentées où l’on peut mourir emporté en moins de 10 mn (en même temps que sa voiture, que sa maison ou qu’un pont). On retrouvera de nombreux articles sur cette thématique des crues et des inondations en France sur le sommaire mon blog consacré au commentaire de cartes
Des thématiques liées aux cours d’eau
- Des documents interactifs sur les cours d’eau français et la question des crues
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- La question des crues de la Seine : décryptage et commentaire de carte
- Le bassin-versant de la Seine : zoom sur quelques éléments visibles sur les cartes topographiques (la question des sources de la Marne et de la Seine et du seuil hydrographique)
- L’Orne : un exemple simple de fleuve côtier pour découvrir l’hydrologie
- Le bassin-versant de la Charente et le commentaire de cartes
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- La crue de la Somme de 2001 et la carte topographique
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