Les registres paroissiaux de Saint-Martin-de-Ré au XVIIIe siècle

Une petite recherche pour découvrir des documents originaux et accessibles sur notre région (21 octobre 2026)

Voici un article qui complétera ceux qui ont été consacrés à l’île de Ré et qu’on peut retrouver ici (voir Retour sur l’Île de Ré (5 octobre 2026) et Île de Ré et Île d’Oléron : quelques jalons pour une étude de cas comparative (15 octobre 2026)

décès du gouverneur de l’ile de Ré Henry Suarez bailly d’Aulan en 1775 (il était né à Avignon en 1704 et a été gouverneur de l’île de 1761 à sa mort) (p 120 registre Saint-Martin-de Ré 1714-1783)

Les registres paroissiaux qui enregistrent baptêmes, mariages et sépultures sont aujourd’hui partout en ligne sur Internet dans les environ 40 000 paroisses de la France d’Ancien Régime. On les retrouve sur chaque site des Archives Départementales : voici celui de Charente-Maritime :

Lien vers le site des Archives de Charente-Maritime

Ces documents ont l’intérêt pour nos élèves de permettre de leur faire découvrir des documents en français, assez simples car souvent répétitifs, à travers lesquels on peut mieux comprendre les préoccupations quotidiennes de petites communautés catholiques, préoccupations qui sont les mêmes jusqu’à la Révolution.

Le registre de Saint-Martin-de-Ré qui démarre en 1714 et va jusqu’en 1783 (143 pages) a ceci d’exceptionnel que Saint-Martin-de-Ré n’est pas n’importe quelle paroisse ! C’est là que se trouve une importante garnison avec des officiers appartenant à la noblesse. Le registre y est particulièrement bien écrit et donc parfaitement lisible car le rédacteur a pris soin de mettre en grand et en gras les noms propres et que les signatures sont très belles. De ce fait la lecture des actes est possible quand on n’est pas un spécialiste en épigraphie (mais juste un curieux et/ou un lycéen).

Que découvre-t-on dans ces registres ? baptêmes, mariages et sépultures

Premièrement on découvre la manière usuelle au XVIII e siècle d’enregistrer un baptême qui est généralement fait le jour de la naissance ou le lendemain par le curé de la paroisse et pour lequel un parrain et une marraine sont nécessaires.

A l’époque on a peu de détails : juste les noms du père et de la mère, la mention selon laquelle ils sont mariés (l’enfant est alors « légitime« ) ou non (c’est alors un enfant « naturel« ). En cas de danger de mort imminente du nourrisson ce dernier est juste « ondoyé » c’est-à-dire baptisé non par le curé mais par n’importe quel chrétien présent.

Parfois les actes sont plus longs et les signatures nombreuses car le rédacteur ne manque pas de mentionner toutes les titres et fonctions de la personne citée…(c’est important dans la société d’Ordres qu’est cette France d’Ancien Régime) or on a beaucoup de nobles venus de toute la France dans cette ville militaire.

Sur ce plan l’acte le plus riche concerne le décès du gouverneur et commandant de l’île : Henri, chevalier de Suarez, bailli d’Aulan à 71 ans (page 120) Ce personnage est très intéressant. Il est a gouverné l’île de 1761 à 1775 (voir au début de l’article).

Cet acte permet de découvrir les grades militaires d’ancien régime (il est « Maréchal des Camps et armées du roy, c’est le titre le plus élevé« ) et ceux des ordres religieux qui remontent aux Croisades (il est « chevalier profès », Grand Croix de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. L’expression « chevalier profès » signifie qu’il a prononcé des vœux (il n’est donc pas marié).

L’autre originalité c’est que son acte de naissance a été retranscris à la page suivante… or cet acte est en latin... car Henri Suarez est né à Avignon dans le Comtat Venaissin propriété du Pape et par conséquent dans un lieu qui n’appartient pas au Royaume de France (l’on n’y utilise pas le français dans les actes comme c’est le cas partout en France dans les registres paroissiaux depuis l’ordonnance de Villers-Cotterets de 1539).

Le retranscription de l’acte de baptême en mai 1704 à Avignon : on s’aperçoit que son parrain, sa marraine et sa mère appartiennent à la famille De Brancas

On découvre alors qu’il appartient par sa mère à une grande famille noble du Comtat Venaissin : les De Brancas.... un nom déjà rencontré des années avant dans le registre de Saint-Martin-de-Ré.

En fait à travers cet d’acte on découvre un phénomène très courant sous l’Ancien Régime : les membres de la haute noblesse ont le choix entre une carrière militaire, une carrière religieuse dans le haut clergé… ou vivent à la Cour à Versailles tout en ayant un domaine en province. Ils sont amenés à bouger au cours de leur vie pour avoir de l’avancement et espèrent parfois retrouver leur région d’origine (un peu comme les professeurs d’aujourd’hui ?) C’est vrai pour les officiers et les évêques.

C’est ainsi qu’on découvre qu’au début du règne de Louis XV l’évêque de La Rochelle de 1725 à 1729 s’appelle Jean-Baptiste de Brancas (1693-1770), il est originaire de cette grande famille Comtat Venaissin et va réussir rapidement à retourner dans le Sud en devenant archevêque d’Aix-en-Provence de 1829 et ce jusqu’à sa mort.

Extirper le protestantisme ?

L’originalité du lieu et de l’époque est le fait que le protestantisme a été important autour de La Rochelle et qu’après le Grand Siège de La Rochelle (1627-1628) sous le règne de Louis XIII mais surtout après la Révocation de l’Édit de Nantes (édit de tolérance d’Henri IV de 1598) par le roi Louis XIV en 1685, les protestants du royaume doivent partir en exil ou se convertir.

Il en reste peu au début du XVIIII e siècle mais on trouve dans ces registres de Saint-Martin-de-Ré deux types de traces de ce mouvement de conversion : premièrement des actes d’abjuration et deuxième des baptêmes d’enfants dont l’un ou les deux parents sont protestants.

Voici à la page 6 un acte d’abjuration d’un soldat du Dauphiné (région de Grenoble) je reconnais et confesse d’un cœur humble et repentant devant la très Sainte Trinité et toute la Cour Céleste…

La vie religieuse et matérielle d’une paroisse relatée dans les registres

Enfin ces registres portent mention des évènements importants liés à la vie religieuse de la paroisse : installation d’un nouveau curé, bénédiction d’une cloche, dons de reliques à la paroisse (« translation des reliques de Sainte-Justine »), visite pastorale de l’évêque de La Rochelle (de Brancas).

Il est aussi question la vie matérielle qui est réglée par les « fabriqueurs » (c’est ainsi qu’on les désigne) et qui sont chargés d’entretenir les lieux (aujourd’hui avec la loi de séparation des Églises et de l’État ce sont les communes qui ont cette charge).

On a ainsi la mention d’une tempête extraordinaire en 1735 qui détruit la toiture de l’église, oblige à aller célébrer la messe chez les frères capucins. Le « devis » de reconstruction n’est voté qu’en 1750 !

La « tempête extraordinaire de 1735 » (p 46)

J’en resterais là pour l’instant. La lecture de ces actes permet de découvrir des exemples concrets et qui peuvent davantage nous toucher quand cela concerne des lieux qu’on connaît pour illustrer les idées du cours d’histoire et ensuite retourner voir les lieux (par exemple la cathédrale de La Rochelle, le musée Cognacq de Saint-Martin, le clocher de Saint-Martin-de-Ré en ayant l’impression qu’ils sont plus familiers).

L’autre intérêt c’est que cette plongée dans les archives est comme une enquête policière qui nous fournit des indices formant un puzzle inachevé et qu’on aimerait prolonger.

Par exemple pourrait-on en savoir davantage sur cette tempête de 1735 car la dernière en date Xynthia en 2010 a traumatisé notre région (voir aussi l’article Le littoral charentais 9 ans après la tempête Xynthia (27 février 2010)

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