Hier après-midi je découvre avec stupéfaction qu’une annonce ministérielle propose la suppression de Parcoursup, une manière de répondre au mouvement de grogne des lycéens (actuellement en vacances). Je me renseigne un peu…

J’avais expliqué il y a quelques jours que, face aux revendications des lycéens, dans l’immédiat il était juste possible de paramétrer Parcoursup d’une manière moins catastrophique (voir Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026) mais que, pour le reste, on n’avait pas de baguettes magiques pour faire des travaux là où il y en a vraiment besoin (ce n’est pas le cas partout dans nos lycées) et surtout trouver des profs là où on en manque !
Changer de nom et garder quasiment le même dispositif ?
Dans l’annonce il y a premièrement l’idée que le nom restera le même cette année 2027 mais changera l’année suivante et donc que Parcoursup va disparaître ! Au début (vers 2008) cela s’appelait APB (admission post Bac) puis cela s’est appelé Parcoursup.
De la même façon on a supprimé l’ENA (École Nationale d’Administration créée en 1945) pour créer l’INSP (Institut National du Service Public) en 2022 : est-ce que foncièrement cela a changé quelque chose au fait que, progressivement et malgré la possibilité d’avoir d’autres voies d’accès que le concours externe, les milieux sociaux et les formations de départ des élèves reçus à ce concours sont devenus trop similaires (faculté de droit, Sciences Po) ce qui permet certes d’avoir une haute fonction publique bosseuse mais peu susceptible d’avoir suffisamment de culture générale et des idées un peu originales se contentant de rester dans le « prêt à penser » et la com ».’ actuelles.
Je l’ai beaucoup expliqué sur mon blog Une khâgne aux Antipodes à propos des longues dissertations (5 à 7 h) qu’on impose aux candidats littéraires aux concours (ENS, CAPES. Agrégation). Ils peuvent organiser leur propos tranquillement en 3 parties et doivent digérer lentement beaucoup de connaissances ; les juristes en formation eux font des exercices plus courts, ne font pas de conclusion… sont rapides mais ne prennent pas le temps d’aller au bout d’un raisonnement (voir Disserter en deux ou trois parties : le point de vue des historiens, des géographes et des philosophes !)
Supprimer les lettres de motivation dans Parcoursup ! Bonne affaire pour tout le monde ?
Cela au moins est une bonne idée car objectivement demander à un jeune de 17 ans une lettre de motivation relève de la fumisterie et, en plus, personne n’a le temps généralement de les lire… surtout dans le cas de demande d’entrée à l’Université dans des L1 qui ne sont pas en tension. Il m’est effectivement arrivé de lire une recette de cuisine comme lettre de motivation. Je n’ai pas trouvé cela du meilleur goût surtout que le candidat à une éventuelle hypokhâgne dans notre lycée venait justement de notre lycée et que le numéro de sa classe était mentionné sur son bulletin ! Je n’ai pas manqué de le signaler à un professeur de sa classe qui pensait savoir de quel petit c.. arrogant il émanait. Le chérubin pensait faire un bon canular… J’y ai vu le mépris actuel pour les études littéraires qui émane) de la plupart des élèves scientifiques (et parfois aussi de nos collègues de maths et de physique). Cela m’insupporte : j’ai passé un bac scientifique comme la plupart des très bons élèves de mon époque (mais j’aimais l’anglais, la philo et l’histoire-géographie, l’allemand et le grec). Les très bons élèves littéraires de Khâgne notamment ceux qui sont reçus à l’ENS sont bosseurs et rigoureux et développent une grande culture générale.
Les professeurs dans le supérieur n’ont pas de temps à perdre à vérifier ce type de prose surtout que quand les lettres de motivation sont bien calibrées et que ce n’est certainement pas un jeune de 17 ans qui les a écrites. Voici un petit exemple tiré du PDF de 500 pages que j’ai lu l’an passé et avec lequel nous avons dû sélectionner notre CPGE littéraire :

Quelle brillante lettre de motivation…
Finalement on aurait préféré pour se faire une idée de leur niveau d’écrit et de leur rigueur d’avoir une copie de la première page manuscrite d’un devoir d’histoire sur table de milieu de Terminale.
Affirmer que les refus seront motivés !
Quand on connaît la frustration des candidats à un emploi quand ils reçoivent une lettre de refus automatisée avec des mots creux et passe-partout, on peut comprendre que motiver les refus à un Bachelier ne sera pas plus satisfaisant. Recevoir : « Nous sommes au regret de vous annoncer que votre candidature à… n’a pas été retenue. Votre profil ne correspond pas aux exigences de la formation… » Faudra-t-il aller plus loin dans la justification ? L’IA nous pondra un bon petit discours creux.
Quelque part il y a quelque chose de troublant dans la crainte et les espoirs que suscite Parcoursup : on a l’impression qu’un certain nombre de nos jeunes ont une mentalité de joueur de loto… un jeu de hasard à l’espérance mathématique inférieure à 0 (ce qui veut dire que ce qui est redistribué aux joueurs est inférieur à la somme des mises… puisqu’il faut bien que l’État prélève quelque chose sur ces jeux d’argents) où tout personne qui a participé au tirage peut gagner le gros lot et, quand il joue souvent, récupère parfois sa mise…
Mais à vrai dire Parcoursup ne fonctionne pas ainsi. Un élève de Terminale lambda n’y gagnera jamais le gros lot puisqu’une partie des formations est très sélective : c’est le cas des classes préparatoires aux Grandes Écoles dans les lycée les plus réputés de France. A l’inverse tout le monde au presque a un petit lot…
Conclusion ?
On ne pourra pas se passer d’une grosse base informatique pour affecter les Bacheliers dans l’enseignement supérieur et c’est très bien qu’elle soit centralisée (avec un numéro national unique pour chaque candidat et une mise en page homogène). Personnellement je trouve anormal que l’enseignement supérieur privé puisse avoir accès à cette base financée par l’Éducation Nationale pour choisir comme elle l’entend ses candidats.
Il me semblerait raisonnable de limiter les critères concernant le candidat : le type de Bac (général, technologique ou professionnel), quelques notes d’épreuves finales passées en Première et en Terminale (français, philosophie, anglais, histoire-géographie et des 2 spécialités d’écrit telles qu’elles existent dans le nouveau Bac et pas toutes ces notes qui relève du contrôle continu et sont ininterprétables…
On rajouterait juste quelques éléments (par exemple le niveau en EPS si on veut faire du STAPS) mais, personnellement, je ne vois en quoi les engagements associatifs et les stages à l’étranger des candidats aisés ont à faire dans le choix d’une affectation vers des filières publiques, généralistes et de masse où la qualité de départ qui permet de réussir est surtout d’être volontaire, studieux, rigoureux, régulier et d’avoir un niveau d’écrit suffisant (pour être autonome et pouvoir progresser en étudiant en partie seul)
Enfin ce serait bien que toutes ces informations soient présentes sur une page unique (et non les 7 pages actuelles de chaque dossier !) mais comme je l’ai déjà écrit il y a quelques semaines pourquoi ne pas attendre les résultats du Bac pour donner les résultats de Parcoursup ?
En attendant et pour savoir comment fonctionnent les études supérieures, il y a les fameux salons des études. Le dernier auquel j’ai participé à l’Université de la Nouvelle-Calédonie le 1er août dernier était très agréable (voir Le salon des études supérieures à Nouville (samedi 1er août 2026).
Mais j’ai retrouvé un articles plus ancien et un peu incisif de 2020 sur le même thème intitulé Salons étudiants ou « foires aux études » ?
Votre commentaire