Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026)

La Rochelle 9 octobre 2026

Je suis actuellement en congé administratif… autant dire en vacances (hors saison) continuant à faire des démarches administratives (notamment comprendre comment réussir à me faire réinscrire à la sécurité sociale métropolitaine dont j’ai été radiée en 2022 pour être inscrite à la CAFAT calédonienne). Je profite d’une arrière saison particulièrement agréable.

Un slogan (parmi d’autres) devant mon ancien lycée. J’y retrouve un condensé de ce que je lis dans les copies manuscrites d’aujourd’hui : des élèves qui écrivent sur des supports pourris, qui ne maîtrisent pas les 4 polices de caractères apprises au primaire, qui ne maîtrisent pas l’usage des majuscules ni celui du point en fin de phrase, qui sortent du registre soutenu (qui est celui du système scolaire) pour passer à un registre familier voire vulgaire ici) et surtout ne cherchent pas peser à leurs mots et pourtant ils n’en ont écrit que 4 ! Pourquoi pas simplement : « Améliorez Parcoursup ! » (une injonction -plus qu’une prière- à la forme impérative- à l’adresse des adultes aux commandes du MEN et qui ont créé ce logiciel mal fichu)

La semaine dernière quand j’ai traversé la vieille ville de La Rochelle à pied pour aller à la Médiathèque, j’ai d’abord découvert une policière casquée qui gardait le passage souterrain qui permet d’accéder à mon ancien lycée (celui du centre-ville où j’ai enseigné pendant 20 ans de 2002 à 2022). On voyait les traces d’un feu de poubelle devant les grilles, des slogans qui m’ont laissé perplexe et les clameurs d’une foule place de Verdun.

Je me suis dit que je n’avais aucune envie de me mêler de tout cela ni même de m’y intéresser. Quand j’avais pris mon premier poste (assistante normalienne en géographie à l’Université de Pau) au 1er octobre 1986 les étudiants étaient déjà en grève au bout de moins d’un mois (en colère contre la réforme Devaquet) pendant que j’essayais, avec quelques collègues, de réfléchir à la manière d’éviter l’échec en première année à l’Université à ces jeunes qu’on avait laissé s’inscrire.

La situation est pire qu’il y a 40 ans sur ce plan !

Et dire qu’il y a seulement un mois j’adorais mon boulot de professeur de géographie en Khâgne et que je n’avais pas envie de prendre ma retraite tout de suite (même si j’ai l’âge et largement plus de trimestres qu’il n’en faut). Et voilà que d’un coup je n’ai plus envie de retourner faire cours à des lycéens qui se comportent de cette manière.

Je les trouve collectivement incultes, arrogants et stupidement manipulés par leurs réseaux sociaux. Individuellement certains sont très sympathiques et touchants et on a envie de leur faire découvrir la discipline dont on est spécialiste et qu’on aime et les mettre au travail.

Le dernier lycéen avec qui j’ai parlé à Nouméa au lycée Lapérouse le vendredi 28 août était un excellent élève de Terminale que mes collègues m’avaient signalé, qui voulait devenir géographe et passer par une CPGE littéraire (voir Dernière semaine en Khâgne au LAP (24-28 août 2026). J’étais contente de pouvoir lui donner quelques trucs pour réussir à être repéré par les algorithmes de Parcoursup et des conseils pour consolider son niveau d’ici le Bac et après.

Qu’est-ce qui ne va pas dans nos lycées aujourd’hui ?

La dernière réforme du lycée (celle du Bac qui commence en 2021) avec son contrôle continu, ses spécialités à la carte, ses horaires, sa sur-notation et son grand oral bidon est une catastrophe mais on ne peut pas d’un coup de baguette magique tout transformer. Parce qu’en amont, la situation au collège et l’école primaire n’est guère plus enviable

Personnellement je trouve que la base Parcoursup, qui en est l’aboutissement, est le point qui cristallise toutes les frustrations dans la mesure où cet énorme logiciel est très mal fichu et ne permet pas d’affecter correctement les bacheliers dans l’enseignement supérieur.

Depuis près de 20 ans j’ai personnellement découvert la base Parcoursup à la fois dans la posture du professeur de Terminale (qui met des appréciations à ses élèves), celle du professeur principal de Terminale (qui conseille ses élèves qui ne connaissent rien aux études supérieures), celle du professeur de classe prépa (qui sélectionne ses futurs hypokhâgneux), celle du chargé de cours à l’Université (qui choisit avec ses collègues ses étudiants mais en fait les prend tous…) et celle de la mère de famille (qui conseille et rassure son fils en Terminale).

Quelle que soit la posture ce système est mal fichu parce qu’il devrait pouvoir faire deux choses qu’on n’ose pas dire clairement : d’abord sélectionner raisonnablement des candidats aptes et motivés à suivre une formation post-bac sélective qui dispose d’un nombre de places limités et est proposée seulement en certains lieux puis affecter les autres, les « bacheliers lambda », dans les filières générales des universités publiques proches de leur lycée d’origine…

Oser écrire cela doit passer pour une injustice auprès des lycéens qui sont dans la rue mais tout n’est pas possible quand il y a peu de place et trop de candidats et qu’on ne peut ni augmenter les impôts davantage, ni trouver des professeurs qualifiés et compétents en claquant des doigts.

Sélectionner par l’argent ou par tirage au sort ? Ou sélectionner sur des critères académiques ?

On a alors plusieurs possibilités. La sélection par l’argent est la plus simple : quand on augmente le prix d’un bien ou d’un service, le nombre d’individus capables de se l’offrir finit par diminuer considérablement… C’est comme cela que fonctionnent les systèmes universitaires anglo-saxons (Royaume-Uni, Etats-Unis, Australie,Nouvelle-Zélande) mais aussi japonais au sud-coréen. Mais une telle sélection par l’argent est souvent liée à une sélection au mérite avec un système de bourses (qui permet de récupérer dans ces universités très coûteuses d’excellents étudiants sur le plan académique mais dont les parents sont fauchés).

Le système d’enseignement supérieur français est lui un système qui était, jusqu’à peu très majoritairement public, et donc peu onéreux pour les familles.

Si on veut conserver un système public gratuit (bref financé par l’impôt) et pour tous sans sélection, il ne reste que le tirage au sort ! Or dans notre société qui n’est pas très superstitieuse comme pouvaient l’être les sociétés gréco-romaines le seul tirage au sort tolérable dans la vie publique est celui des jurés de Cour d’assise. Sinon on accepte les tirages au sort pour des jeux de hasard comme le loto.

Mais comment accepter un tirage au sort si un élève de Terminale travailleur et d’un bon niveau ne peut pas accéder à une faculté de médecine (où il a des chances de réussir) parce que c’est son camarade de classe qui séchait les cours et ne faisait pas grand-chose qui a été tiré au sort et a obtenu la place ?

Autres pistes : une simplification et une clarification de Parcoursup ?

Pour nos lycéens de Terminale il serait donc nécessaire de trouver un système moins obscur et pour cela certaines pistes sont possibles et assez faciles à mettre en œuvre.

La première est de bien distinguer sur la plateforme Parcoursup ce qui est une formation supérieure publique qui dépend du Ministère de l’Éducation Nationale ou du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Espace (c’est son nom actuel) et dont le coût est limité pour les étudiants et leurs familles (à savoir la plupart des CPGE -classes préparatoires aux Grandes Écoles et des STS -sections de techniciens supérieurs qui préparent le BTS, les Universités publiques dont les écoles et instituts qui en dépendent IUT, IAE...) de formations qui sont privées (et donc payantes, dont les diplômes sont, selon les cas reconnus ou pas (historiquement seule l’Université avait le « monopole de la collation des grades » pouvait décerner des diplômes -baccalauréat, maîtrise et doctorat- mais aujourd’hui beaucoup de grandes écoles privées décernent des diplômes reconnus par l’État).

C’est simple : il suffirait de devoir payer par exemple 10 euros chaque fois qu’on veut postuler à une formation privée… et que ce soit gratuit dans le cas contraire.

La seconde est que le nombre de choix possibles doit être limité sur Parcoursup mettons à 10 et avec un ordre de priorité (de n°1 à n°10) qui fait que dès que votre vœu le mieux classé est accepté tous les autres sont enlevés automatiquement et les places par conséquent attribuées à d’autres bacheliers. Or le système actuel fait que le 1er jour de la sélection les meilleurs élèves français ont tous leurs vœux validés et les bacheliers lambda sont complètement stressés de ne parfois rien avoir.

C’était ainsi au tout début en 2008 quand ce système a commencé sous un autre nom. Pourquoi avoir enlevé cette hiérarchisation des vœux alors qu’on sait la paramétrer puisque c’est ainsi que fonctionne l’attribution des places en médecine à l’examen national classant et au concours des grandes écoles d’ingénieurs après une classe prépa ?

Troisièmement je ne vois pas pourquoi la base Parcoursup donne ses résultats avant les résultats du Bac : le principe en France c’est que le Bac est le sésame d’accès aux études supérieures dans la mesure où il est le premier grade de l’Université comme chacun doit le savoir. C’est en effet toujours un Universitaire qui préside la délibération du Bac et signe les PV. Cela serait quand même la moindre des choses que les résultats du Bac soient pris en compte pour faire des études supérieures dans un système majoritairement public.

C’était le cas avant l’informatisation. Le lendemain des résultats du Bac on allait faire la queue devant l’Université avec sa feuille de note… Et on pouvait même réussir à trouver une place en CPGE en allant en personne au secrétariat du lycée quand on avait eu une mention exceptionnelle au Bac… (les autres candidats avaient été présélectionné sur dossier avant même les épreuves du Bac).

Avec la massification des effectifs et l’informatisation de la société un tel système serait absurde : il est donc logique qu’on soit pré-inscrit sur une base informatique sur laquelle on peut mettre en ligne les documents nécessaires pour son inscription qu’on n’a plus qu’à valider en venant en personne et sur rendez-vous récupérer sa carte d’étudiant.

Bref Parcoursup peut être amélioré d’ici le mois d’avril : ce n’est jamais qu’un programme informatique !

Que faire en attendant pour les autres difficultés ?

A cela s’ajoutent des classes chargées (pas vraiment plus qu’auparavant…), des cantines où il y a la queue et où on ne mange pas très bien, des locaux pas terribles (mais sans cesse entretenus par la région quand bien même ils seraient peu pratiques) mais chauffés l’hiver… mais non climatisés.

Mais pourquoi ne pas décider de décaler le calendrier scolaire comme le font les Japonais et les Coréens qui souffrent d’un été tropical humide insupportable et font les examens à des périodes où les organismes sont plus en forme. Ainsi le « suneung » coréen a lieu novembre (jeudi 19 novembre 2026 cette année et les résultats le 11 décembre), la rentrée universitaire a lieu en mars.

(voir Le « suneung » et l’entrée à l’Université en Corée du Sud : l’anti-modèle du système français ?)

Personnellement il me semblerait nécessaire de changer la date de la rentrée des classes, celle des examens et concours les plus importants (pour qu’ils tombent au moment où intellectuellement on est le plus efficace -vers avril mai) et de revoir le rythme des congés scolaires (en arrêtant ces histoires de zones pour les vacances d’hiver à cause des stations de ski). Il serait aussi peut-être judicieux d’avoir des horaires scolaires mieux adaptés au rythme des saisons avec par exemple un horaire à mi-temps en période estivale pour à la fois étudier aux heures fraîches et profiter du beau temps et du grand air l’après-midi mais ne pas rompre le rythme scolaire trop longtemps. Mais tout cela est à réfléchir et moduler et ce n’est pas possible avant au moins un à deux ans.

Et les 3000 professeurs TZR sortis du chapeau en 24 h ?

Cette annonce « miraculeuse  » du Ministre pour essayer d’éteindre le mouvement a un côté incroyable. Déjà 3000 ce n’est pas beaucoup pour un Ministère qui aligne 900 000 personnes devant les élèves et en tout 1,2 million de salariés…

Et puis, dans cette catégorie des TZR, il y a de tout : de jeunes professeurs débutants affectés dans des académies peuplées ou à l’inverse dans des académies inégalement et faiblement peuplées (comme celle de Poitiers) ; des professeurs plus âgés qui viennent de changer d’académie et même mon cas très atypique : un professeur de Khâgne qui rentre de 4 ans de mise en disposition en Nouvelle-Calédonie et est affectée comme TZR rattachée au collège Jacques Prévert de Montcoutant/Sèvre mais ce seulement à compter de début novembre (voir Une mutation improbable de géographe à Moncoutant-sur-Sèvre ? (lundi 15 juin 2026)

Promesses et mensonges ? Le problème des maths ?

Le pire pour des élèves et leurs parents est peut-être d’avoir des successions de remplaçants qui ne tiennent que quelques jours parce qu’en fait le poste à remplacer est intenable (emploi du temps pourri, trajets insupportables, ambiance de classe délétère). Je crois que c’est pire encore que de rester sans professeur et de trouver au sein de l’établissement un système D pour que cette absence ne soit pas trop pénalisante pour la suite du parcours et qu’à défaut au moins on travaille correctement dans d’autres matières. Car à l’impossible nul n’est tenu. Et des promesses non tenues sont pires que l’absence de promesse.

Il n’y pas mort d’homme à ne pas avoir de professeur de maths en Seconde. Simplement ce sera difficile de faire des études scientifiques plus tard si on laisse tomber sans avoir le courage de reprendre les bases. Mais en attendant on pourrait mettre le paquet sur d’autres matières en y demandant plus de travail aux élèves (fait pendant les heures d’études) pour ainsi leur faire comprendre que dans la vie d’élève (mais aussi des adultes) il y a des périodes où l’on doit être plus efficace et performant.

Dans notre pays, les professeurs de maths ne se trouvent pas sous le sabot d’un cheval. Déjà il y en aurait davantage si on les payait davantage et si on ne leur demandait pas d’essayer d’enseigner les maths au collège à des élèves qui ne savent pas lire et écrire et ne savent pas calculer à l’entrée en Sixième ou, en Seconde, de leur faire enseigner un programme abstrait avec une classe de 35 dont les 2/3 des élèves n’ont rien capté en maths depuis la Quatrième mais sont quand même passés en Seconde générale et technologique !

Il faut d’abord des instituteurs beaucoup mieux formés à enseigner le calcul et la géométrie à l’école primaire car, tout comme pour l’apprentissage de la lecture, l’apprentissage du calcul avec de jeunes enfants est beaucoup plus efficace quand on sait s’y prendre pédagogiquement. Il faudrait ensuite de simples professeurs de sciences au collège (et pas ce saucissonnage maths, physique, SVT et technologie) qui enseignent en maths quelque chose de plus élaboré (calculs et géométrie) et démarrent un peu avec des notions plus abstraites (nombres relatifs, l’algèbre et les premières équations) que certains enfants ne parviendront jamais à maîtriser.

Les maths sont un « solfège » indispensable pour faire des sciences plus tard or le solfège cela se répète jusqu’à ce que ce cela soit automatique. Or actuellement on est dans un système scolaire où l’on ne fait pas assez répéter les choses parce qu’on craint que les enfants trouvent cela ennuyeux et que leurs parents râlent (pourtant dans leurs jeux vidéos ils font des choses très répétitives jusqu’à les maîtriser et c’est la même chose en sport qu’ils fassent du basket, du foot ou du tennis) !

Et l’on arrive au lycée en Seconde Générale et Technologique avec des élèves (parfois 35 en Seconde) à qui on doit faire faire des mathématiques et dont certains n’ont rien compris au calcul algébrique de collège et avec lesquels on va vouloir parler de fonctions, de dérivées, d’infini… Jusqu’à l’an passé certains en filière générale abandonnaient les maths dès la Première… désormais on leur impose de continuer à en faire en Première générale et il y en a toujours en Première et Terminale Technologique…soit disant pour que l’effondrement de la France dans les enquêtes PISA n’empire pas.

Or en maths (c’est un peu comme en musique classique pour le solfège et les bases instrumentales), il est important de profiter des années collège pour se débarrasser des apprentissages répétitifs un peu barbants qu’on trouve éventuellement amusants quand on est un enfant mais que les adolescents trouvent pénibles. Voilà pourquoi il est essentiel dès la Quatrième d’identifier les élèves qui ont une intelligence concrète et pratique en leur donnant juste à résoudre des problèmes compliqués mais concrets de calculs et de géométrie. Mais les autres doivent être capables de sortir de Troisième en étant rapides et efficaces en calculs, en équations simples, en géométrie avec des triangles, des carrés, des rectangles et des cercles… et de passer à une autre phase plus abstraite.

Ce qui est donc problématique est de vouloir imposer aux professeurs de traiter les programmes avec des élèves qui n’ont pas les bases, dont on excuse sans cesse les lacunes et dont on remonte les notes parce qu’on n’ose pas les vexer (et leurs parents) en leur faisant refaire des exercices qu’ils auraient dû maîtriser en fin de primaire.

Ce qui est le plus important dans un établissement scolaire c’est qu’il y ait une routine d’étude : on vient à la même heure, on repart à la même heure, on a une pause déjeuner et deux récrés mais le reste du temps on doit étudier avec un groupe-classe relativement homogène encadré par quelques adultes qu’on voit fréquemment (a minima 4 à 6 h par semaine), avec des séquences de TD en groupe, de l’étude surveillée avec des répétiteurs.

Conclusion ?

Quoi qu’il en soit, même si notre système scolaire français est actuellement dysfonctionnel malgré les efforts que font les professeurs, les administratifs et le personnel de service pour faire fonctionner les établissements scolaires rien ne justifie la violence qui s’est déchaînée devant et dans certains établissements depuis 10 jours. Cette violence s’en prend à des biens publics qu’il faudra remplacer et, bien pire encore, à des adultes, professeurs et forces de l’ordre avec, au milieu de ces lycéens mineurs qui n’ont rien à faire dans la rue, des « professionnels du chaos » expérimentés qui veulent juste « se faire du flic » et faire le buzz en manipulant les réseaux sociaux, espérant une contagion dont certains pensent que cela va profiter à LFI pour la future élection présidentielle.

Ici j’ai juste observé que les lycéens de mon ancien établissement avaient été refoulés plusieurs fois par des gaz lacrymogènes vers la grande place dégagée où se trouve la cathédrale (la place de Verdun) -cette place où nous étions allés dans le calme il y a quelques années faire une minute de silence en hommage à Samuel Paty-. L’école primaire voisine a été fermée : on voit la scène filmée ici.

Le lundi 5 octobre à proximité du lycée Jean Dautet à droite l’école Réaumur

Les forces de l’ordre ont eu la présence d’esprit (ou la sagesse ?) d’interdire l’accès au petit passage souterrain par lequel on accède d’habitude à pied ou à vélo sous l’ancien rempart de la ville et qui mène de la ville anciennement fortifiée aux « Parcs » (c’est-à-dire au glacis marécageux devant les anciennes fortifications).

Ce passage étroit et assez sombre représente un danger majeur en cas de mouvement de foule parce qu’il y a des barrières coupantes en quinconce pour ralentir les cyclistes et empêcher les deux-roues motorisés… Les autres lycées de la ville comme l’Université aux Minimes occupent des sites beaucoup moins dangereux en cas de mouvement de foule.

Depuis 2024 et le mouvement insurrectionnel en Nouvelle-Calédonie, j’ai appris à observer la ville autrement qu’en géographe soucieux de réfléchir comment aménager une ville agréable et pratique pour ses habitants et visiteurs, ce qui avait toujours été mon regard depuis le début de mes études de géographe.

Je ne comprenais pas en mai 2024 à Nouméa pourquoi un quartier populaire si bien tenu, si bien équipé et si agréable (Rivière Salée) avait tant souffert (voir La reprise du quartier de Rivière Salée (Nouméa) le 31 mai 2024) avant de prendre conscience que son lycée professionnel, situé en hauteur avait servi de QG pour contrôler l’insurrection sur toute l’agglomération parce qu’on pouvait contrôler les carrefours et accéder aux « squats ».

Les forces de l’ordre savent identifier les lieux et les individus les plus dangereux mais ils font face à des foules grégaires avec des mineurs dont certains sont complètement excités par l’ambiance inhabituelle (et passent à l’action en jetant tout ce qu’ils ont sous la main car ils trouvent que cela met de l’adrénaline dans leur vie), la plupart sont totalement inconscients des dangers se contentent de filmer et de rediffuser ces scènes de violence. Et parmi eux se cachent, avec leur capuche et leur cagoule, les « catalyseurs du chaos » qui après avoir mis le feu et harcelé les forces de l’ordre savent comment s’échapper car eux ont déjà beaucoup d’expérience.

Si on comprend ce scénario tordu, on se dit qu’il va être difficile de dégonfler cette violence sans mesures de restriction provisoire des libertés publiques. Nous avons subi cela à Nouméa en 2024 (état d’urgence pendant 11 jours, interdiction provisoire de tiktok, couvre-feu de mai à décembre, interdiction des manifestations, de la vente d’alcool à emporter, routes et aéroports fermés…) Nous l’avons supporté parce qu’il y avait déjà des morts par balle (14 en tout), trop d’incendies et qu’on ne voulait pas en plus un embrasement et une guerre civile.

On ne peut pas prendre de telles mesures générales de restrictions de certaines liberté à l’échelle d’un pays comme la France quoique… qu’avons-nous subi pendant le Covid ?

En attendant, à La Rochelle, un des éléments désormais à prendre en ligne de compte c’est que la multiplication récente des éléments de mobilier urbain qui étaient sensés favoriser la « mobilité douce » et protéger piétons et cyclistes contre les « affreux automobilistes pollueurs » (plots en métal, grilles en métal, arceaux pour garer des vélos) représente désormais un danger majeur en cas de mouvement de foule…

On découvre également que la combinaison trottinettes (pour s’échapper et/ou ramener des mortiers d’artifice) et smartphones est un nouveau élément à prendre en compte dans la guérilla urbaine actuelle.

Réponses

  1. Avatar de Mon 17 octobre 2026 à La Rochelle – Rentrée au bon port de La Rochelle

    […] Depuis 15 jours où des mouvements de lycéens ont lieu près de mon ancien lycée de centre-ville, j’ai soigneusement sélectionné mes itinéraires à pied pour éviter de rencontrer ces individus en colère et qui, visiblement, n’ont rien à faire de mieux c’est bien cela qui est troublant. (voir Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026) […]

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  2. Avatar de Se voiler la face ? (23 octobre 2026) – Rentrée au bon port de La Rochelle

    […] vrai dire j’ai bien écrit deux articles, l’un intitulé Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026) et l’autre Mon 17 octobre 2026 à La Rochelle mais je n’ai pas eu le courage […]

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  3. Avatar de Et l’on reparle (encore) de Parcoursup (27 octobre 2026) – Rentrée au bon port de La Rochelle

    […] il était juste possible de paramétrer Parcoursup d’une manière moins catastrophique (voir Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026) mais que, pour le reste, on n’avait pas de baguettes magiques pour faire des travaux là où […]

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