Mon 17 octobre 2026 à La Rochelle

Je suis allée me coucher ce samedi 17 octobre 2026 avec, dans les yeux, toutes sortes d’images d’incendies (l’hôtel de ville de Limoges, l’office du tourisme de Lyon), de scènes de pillages (à Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux…), de heurts avec les forces de l’ordre (jets de pavés, gaz lacrymogènes)… On avait l’impression que la France entière était en feu. Les chaînes d’info ont tourné en boucle là-dessus, les réseaux sociaux ont renvoyé de très nombreuses images…

Quelqu’un qui ne connaîtrait pas les dimensions de la France (un hexagone de 550 000 km² soit près de 1 000 km de Brest à Strasbourg ou de Lille à Perpignan) aurait l’impression que la France est totalement en feu. C’est bien cela le pouvoir terrible des médias modernes, capables d’effrayer suffisamment, et tout particulièrement ceux qui vivent loin des endroits les plus dangereux et médiatisés. Mais voici les images de mon 17 octobre à La Rochelle :

Les très beaux arbres du CHS (centre hospitalier spécialisé) de la rue Marius Lacroix à La Rochelle, une enceinte créée au XIXe siècle par Pierre-Samuel Fromentin (1786-1867) le père de l’écrivain Eugène Fromentin

J’ai eu ma dose de violences insurrectionnelles en Nouvelle-Calédonie en 2024, des violences qui se sont arrêtées à 1 500 m de là où j’habitais, à l’entrée Nord de Nouméa et ont touché largement des lieux que je fréquentais régulièrement : les abords de l’Université (y compris le couloir où j’enseignais), les abords du centre Tjibaou, les zones commerciales et industrielles.

Il a fallu continuer à vivre et travailler pendant plus de 2 ans dans une ambiance pas très apaisée parce qu’on n’avait pas le choix (voir 13 mai-13 décembre 2024 : bilan provisoire de 7 mois de violences et de stress en Nouvelle-Calédonie).

Je ne supporte plus les masses en colère, incontrôlables, qui filment tout avec leur téléphone portable. Je ne supporte plus ces idéologues de gauche qui veulent semer le chaos pour le bien du peuple. Je ne supporte plus cette ivresse du chaos et du pillage mais j’ignore comment la calmer. La colère est une passion largement inutile qu’il faut apprendre à maîtriser pour qu’elle ne dégénère pas en violence contre autrui ou contre des biens publics ou privés.

Depuis 15 jours où des mouvements de lycéens ont lieu près de mon ancien lycée de centre-ville, j’ai soigneusement sélectionné mes itinéraires à pied pour éviter de rencontrer ces individus en colère et qui, visiblement, n’ont rien à faire de mieux c’est bien cela qui est troublant. (voir Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026)

Car, personnellement, je ne m’ennuie jamais : j’ai toujours des tas d’activités sociales, manuelles et intellectuelles qui occupent mon temps.

Hier samedi c’était la même chose : j’avais des choses paisibles, concrètes et pragmatiques à faire pour moi et mes proches. Je ne voulais pas croiser ces gens en colère dont certains ont passé la journée à marcher, tenter de bloquer la circulation sur la rocade et essayer de s’en prendre à la grande zone commerciale à l’entrée de La Rochelle (Beaulieu) puis à plusieurs échangeurs.

Apparemment, dans l’ensemble, cette manifestation s’est bien passée à La Rochelle, infiniment mieux que dans d’autres grandes villes parce que cette fois-ci, les « black blocks », avaient l’embarras du choix pour trouver les cibles où « se faire du flic » et les pillards des lieux plus attrayants. Or c’est plus lucratif à Paris ou dans une grande métropole régionale (comme Marseille, Lyon, Bordeaux…) L’effet d’image et de sidération est infiniment plus fort. Cette fois-ci l’effet de sidération est moins important pour moi que le 14 mai 2026 au matin à Nouméa… En même temps ce 17 octobre 2026 marque un tournant : parce que ce sont à la fois des symboles de notre République et de notre modèle de société qui ont été pris pour cible (Marianne à Marseille, l’hôtel de ville de Limoges), nos forces de l’ordre.

Je n’ai pas oublié les exactions des gilets jaunes à La Rochelle en 2019-2020 sur le Vieux port ni les images de la manifestation anti-bassines à Sainte-Soline en avril 2023 et de la manifestation du 20 juillet 2024 à La Rochelle (à cette époque j’habitais à Nouméa) (voir Méga bassines en Poitou ? Une réflexion sur l’agriculture, l’eau, le changement climatique et l’activisme de certains écologistes (23 juillet 2024) avec ses casseurs-pilleurs près de Saint-Maurice et ses baigneurs avec un drapeau palestinien.

Une journée paisible pour moi ?

Quel effet pour moi ? Pas grand-chose. Cela a juste pourri la fin de journée de la jeune infirmière qui vient à domicile chaque jour vers 17 h pour faire une piqûre d’anticoagulant à un patient alité et s’est excusée d’avoir mis une heure trente à s’embouteiller pour parcourir 18 km (20 mn en temps normal sur la 4 voies).

Parce que, s’il y avait aussi du monde à vouloir circuler ce samedi après-midi dans l’agglomération de la Rochelle, c’est en raison d’un match de rugby au stade de Port Neuf (presque comme chaque samedi après-midi) qui avait lieu à 18 h 30. Comme à chaque fois, les matchs se jouent quasiment à guichets fermés avec 19 000 spectateurs dont le défaut principal est de garer leur véhicule d’une manière pas très orthodoxe… (même si beaucoup viennent sagement à pied ou prennent les navettes) mais qui repartent tranquillement à la fin du match…

C’étaient quoi ces choses pragmatiques que je devais faire ? De la lessive, du ménage (pour recevoir de la famille, à l’heure de l’apéro), quelques courses en amont mais surtout aller à Lafont voir un proche qui est interné… qui a besoin de linge de rechange, de cigarettes et de parler un peu… Ce sont autant de petites attentions pas spectaculaires qui permettent de simplifier le quotidien des infirmiers qui font les 3X8 pour assurer le fonctionnement d’un tel service, surtout le week-end quand il y a beaucoup moins d’activité dans un hôpital psychiatrique.

Le bâtiment historique de l’ex asile d’aliénés de Lafont (c’est son nom au XIXe siècle) avec sa tour, bâtiment que j’avais visité lors des journées du Patrimoine il y a fort longtemps et qui était encore visitable cette année en septembre

Pour avoir également enseigné en prison (à la Maison Centrale de Saint-Martin de Ré) je sais à quel point toutes les petites choses qui permettent à des gens privés de liberté (parce qu’ils ont commis un acte criminel en prison ou parce qu’ils sont dangereux pour eux ou leurs proches en hôpital psychiatrique) de vivre au quotidien de manière plus paisible, participent à éviter que le système ne devienne encore plus difficile qu’il n’est déjà.

Conclusion ?

Il faisait un temps exceptionnel ce samedi et j’ai fait tout cela à pied… 8 km peut-être de marche rapide dans des endroits largement déserts et très agréables (y compris en bord de mer). Je n’ai rien fait d’héroïque. Et j’ai passé un très agréable moment en famille le soir à faire ce que les Français (mais aussi les gens normaux partout dans le monde) aiment faire les soirs de week-end : boire et manger, rigoler, parler de tout et de rien… sans embêter personne.

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  1. Avatar de Se voiler la face ? (23 octobre 2026) – Rentrée au bon port de La Rochelle

    […] intitulé Que dire et penser du « mouvement lycéen » ? (11 octobre 2026) et l’autre Mon 17 octobre 2026 à La Rochelle mais je n’ai pas eu le courage d’aller plus loin pour l’instant. Je suis […]

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